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Impôt à la source ou taxation ordinaire : ce qui change vraiment

Ce ne sont pas deux impôts différents, mais deux façons de percevoir le même. L’un prélève chaque mois sur une moyenne, l’autre calcule une fois par an sur votre situation réelle. La différence tient dans le détail — et dans le calendrier.

Mis à jour le 2026-08-14

Beaucoup de titulaires d’un permis B croient payer un « impôt des étrangers », distinct de celui des résidents suisses. C’est inexact. L’impôt dû est le même : impôt fédéral, cantonal et communal sur le revenu. Seule la méthode de perception diffère.

La retenue à la source, mécanisme par mécanisme

Votre employeur applique un barème publié par votre canton. Ce barème dépend de trois paramètres seulement : le montant du salaire, votre situation de famille, et votre confession. Il prélève le montant correspondant chaque mois et le verse à l’administration.

Ce barème n’est pas arbitraire. Il intègre déjà, en moyenne, les déductions auxquelles un contribuable a normalement droit : une part de frais professionnels, de primes d’assurance, de charges de famille. C’est un forfait statistique, calibré sur un salarié type.

  • Avantage : rien à faire. Pas de déclaration, pas d’acompte, pas de solde à régler.
  • Avantage : la trésorerie est lissée. L’impôt part avec le salaire, mois par mois.
  • Limite : le forfait ignore tout ce qui vous distingue de la moyenne — un long trajet, un pilier 3a, une crèche.
  • Limite : le barème est calculé sur une moyenne cantonale, alors que le taux réel dépend de votre commune.

La taxation ordinaire, mécanisme par mécanisme

C’est le régime de tout contribuable domicilié en Suisse. Une fois par an, vous déclarez l’ensemble de vos revenus et de votre fortune, vous faites valoir vos déductions effectives, et l’administration calcule l’impôt réellement dû.

Le calcul se fait alors avec le coefficient de votre commune, et non plus avec une moyenne. Selon l’endroit où vous habitez, cela joue dans un sens ou dans l’autre.

Les deux régimes côte à côte

Impôt à la sourceTaxation ordinaire
Qui calculeL’employeur, selon un barèmeL’administration, sur votre déclaration
QuandChaque mois, sur le salaireUne fois par an, après coup
Base de calculSalaire brut et barème forfaitaireRevenu et fortune réels, déductions effectives
Taux communalMoyenne cantonaleCoefficient de votre commune
Déductions réellesNonOui
Impôt sur la fortuneNon prélevéPrélevé
Revenus étrangersIgnorésPris en compte pour le taux
Démarche annuelleAucuneDéclaration complète
TrésorerieLissée sur douze moisAcomptes, puis solde ou remboursement

Ce que le changement fait à votre trésorerie

C’est l’aspect le plus souvent négligé, et il n’a rien à voir avec le montant final de l’impôt.

Sous le régime de la source, tout est réglé au fil de l’eau. En taxation ordinaire, l’employeur continue en général de prélever pendant l’année, puis l’administration établit la facture définitive plusieurs mois — parfois plus d’un an — après la fin de l’année concernée. Le remboursement, lorsqu’il y en a un, arrive donc tard.

L’impôt sur la fortune, l’angle mort

La retenue à la source ne porte que sur le revenu. Elle ignore complètement la fortune — épargne, titres, immobilier, y compris à l’étranger.

La taxation ordinaire, elle, l’intègre. Une personne disposant d’une épargne conséquente ou d’un bien immobilier peut donc voir apparaître un impôt qu’elle ne payait pas auparavant, et qui annule le gain obtenu sur le revenu. C’est l’une des situations où la TOU se retourne contre celui qui la demande.

Un bien immobilier à l’étranger, même non imposable en Suisse, entre dans le calcul du taux appliqué au reste. La valeur locative d’une résidence dont vous êtes propriétaire est également ajoutée à vos revenus.

Qui change de régime, et comment

Trois chemins mènent à la taxation ordinaire, et un seul relève d’un choix.

  1. 01

    Automatiquement, par le permis

    L’obtention d’un permis C, ou le mariage avec une personne de nationalité suisse ou titulaire d’un permis C, met fin à l’imposition à la source. Le changement prend effet le mois suivant.

  2. 02

    Automatiquement, par le revenu

    Au-delà de CHF 120'000 de revenu brut annuel, la taxation ordinaire devient obligatoire — pour l’année concernée et les suivantes.

  3. 03

    Sur demande, avant le 31 mars

    C’est la seule voie qui relève de vous. Elle est irréversible et engage les années suivantes — voir le guide complet de la TOU.

Alors, lequel est le plus avantageux ?

La question n’a pas de réponse générale, et méfiez-vous de qui vous en donne une. Le résultat dépend de votre commune, de vos frais réels, de votre fortune et de votre situation de famille — quatre variables dont aucune n’est moyenne.

Ce qui se dit en revanche avec certitude : plus vous vous éloignez du salarié type sur lequel le barème est calibré, plus la taxation ordinaire a de chances de vous être favorable. Un long trajet quotidien, des enfants en crèche, des versements au pilier 3a, une formation continue — chacun de ces postes creuse l’écart avec le forfait. Voir le détail des déductions.

Questions fréquentes

L’impôt à la source coûte-t-il plus cher en général ?

Ni plus ni moins par nature. C’est un forfait : il coûte plus cher à ceux qui ont beaucoup de déductions, et moins cher à ceux qui en ont peu. Pour un célibataire logé près de son travail et sans pilier 3a, il est fréquemment plus favorable.

Je vais obtenir un permis C. Dois-je demander la TOU en attendant ?

Le permis C vous fera basculer de toute façon. La demande garde un intérêt pour les années déjà écoulées, encore dans le délai du 31 mars — mais elle n’a plus d’objet pour l’avenir.

Mon employeur peut-il refuser que je passe en taxation ordinaire ?

Non, cela ne le regarde pas. La demande se fait auprès de l’administration cantonale, pas de l’employeur, qui continue simplement de prélever comme avant.

Est-ce que je paie deux fois pendant la transition ?

Non. L’impôt à la source déjà versé est intégralement porté en déduction de l’impôt calculé. Vous ne payez que la différence, ou vous récupérez l’excédent.

Et si mes revenus varient beaucoup d’une année à l’autre ?

C’est un argument de prudence. La TOU engage les années suivantes, alors que le calcul favorable a été fait sur une seule. Une année exceptionnelle — un bonus important, un travail à temps partiel — ne doit pas décider d’un régime durable.

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