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Quand la taxation ordinaire vous coûte de l’argent

Presque tout ce qui s’écrit sur la taxation ordinaire ultérieure explique comment la demander. Cette page explique quand ne pas la demander. La demande est définitive, elle vaut aussi pour les années suivantes, et il existe des situations où elle coûte plus qu’elle ne rapporte.

Mis à jour le 2026-08-17

La taxation ordinaire ultérieure remplace la retenue forfaitaire par une déclaration complète. Dans la majorité des dossiers où le calcul la recommande, elle rapporte. Mais elle n’est pas une option que l’on essaie : une fois déposée, la demande ne peut plus être retirée, et pour une personne domiciliée en Suisse, le régime s’applique ensuite jusqu’à la fin de l’assujettissement à l’impôt à la source.

Ce site vend un service d’accompagnement à la demande. Il a donc un intérêt à ce que vous la déposiez, et c’est précisément pourquoi cette page existe : un lecteur qui bascule à tort perd plus qu’une vente non conclue ne coûte.

Ce que la demande engage exactement

La portée n’est pas la même selon votre domicile. La distinction est la seule chose à retenir avant de lire la suite.

Domicilié en SuisseQuasi-résident domicilié à l’étranger
Retrait de la demandeImpossibleImpossible
Années suivantesRégime maintenu d’office jusqu’à la fin de l’assujettissement à la sourceAucun effet : chaque année se décide seule
RenouvellementInutile — c’est automatiqueObligatoire chaque année, avant le 31 mars
Déclaration complèteChaque année, revenus et fortuneChaque année demandée
Impôt cantonal sur la fortuneDevient exigibleSelon les éléments rattachés à la Suisse

Un quasi-résident prend donc un risque limité : il décide sur une année et recommence, ou non, l’année d’après. Une personne domiciliée en Suisse décide pour toute la durée de son permis B. C’est une différence de nature, pas de degré.

Quatre profils qui y perdent

Ils reviennent constamment. Aucun n’est marginal, et trois d’entre eux ne se voient pas sur une fiche de salaire.

1. La fortune imposable

La retenue à la source ne porte que sur le revenu. Elle ignore l’épargne, les titres, les cryptomonnaies, l’immobilier. La taxation ordinaire, elle, déclenche l’impôt cantonal et communal sur la fortune, que vous ne payiez pas jusque-là.

Le seuil d’exonération et le taux varient fortement d’un canton à l’autre. Un patrimoine constitué avant l’arrivée en Suisse, un héritage, un appartement conservé dans le pays d’origine suffisent à faire apparaître un impôt qui annule le gain obtenu sur le revenu — et il réapparaîtra chaque année.

2. Les revenus et les biens à l’étranger

Le barème à la source ne connaît que le salaire suisse. La déclaration ordinaire, elle, porte sur l’ensemble de votre situation mondiale. Les revenus étrangers ne sont généralement pas imposés en Suisse, mais ils entrent dans le calcul du taux appliqué au reste : le revenu suisse est alors taxé au taux d’un revenu plus élevé.

Un appartement conservé dans le pays d’origine cumule les deux effets : sa valeur alourdit la fortune, et sa valeur locative — même s’il reste vide — s’ajoute au revenu déterminant pour le taux. C’est le cas de figure où l’écart entre les deux régimes se retourne le plus violemment.

3. Une commune au coefficient élevé

Le barème à la source est calculé sur une moyenne cantonale des coefficients communaux. La taxation ordinaire applique le coefficient réel de votre commune. Si vous habitez une commune plus chère que la moyenne de votre canton, le passage à la taxation ordinaire vous fait perdre cet écart — mécaniquement, avant toute déduction.

L’effet se chiffre en centaines de francs par an, dans un sens ou dans l’autre. Il ne se devine pas : il se calcule avec votre code postal, comme sur les fiches par canton.

4. Le célibataire logé près de son travail

C’est le profil pour lequel le barème a été calibré. Pas d’enfants, pas de frais de garde, un trajet court, souvent aucun versement au pilier 3a. Les frais réels restent en dessous des forfaits déjà intégrés au barème, et la déclaration ne fait que confirmer que vous étiez correctement imposé.

Le résultat n’est pas neutre pour autant : vous héritez d’une obligation de déclarer chaque année, de délais à tenir, et parfois d’acomptes. Une charge administrative pour un gain nul, voire négatif.

Ce que le barème contient déjà

On lit souvent que l’impôt à la source « ne permet aucune déduction ». C’est faux, et le malentendu est à l’origine de la plupart des demandes regrettées.

  • Une part forfaitaire de frais professionnels, calibrée sur un salarié moyen.
  • Une part forfaitaire de primes d’assurance maladie et accidents.
  • Les charges de famille, par le choix du barème et le nombre d’enfants.
  • Une correction pour les couples à deux revenus, intégrée au barème correspondant.
  • Les cotisations sociales et de prévoyance obligatoires, déjà retirées du salaire déterminant.

Ce qu’il ne contient pas : le pilier 3a, les frais de garde effectifs, la formation continue, les rachats de deuxième pilier, les intérêts de dettes, les pensions alimentaires. Le calcul consiste à comparer ces postes-là au forfait, non à les additionner dans l’absolu — voir le détail des déductions.

Décider sur une trajectoire, pas sur une année

C’est le point le plus souvent manqué. Le calcul se fait sur une année écoulée ; l’engagement, lui, porte sur toutes celles qui restent avant un permis C, un mariage ou un départ. Une année favorable peut être suivie de cinq années défavorables.

Ces événements suffisent à retourner un dossier, et aucun n’est exceptionnel :

  • Le dernier enfant quitte la crèche : le poste le plus lourd disparaît d’un coup.
  • Un crédit ou une hypothèque arrive à terme : les intérêts déductibles s’éteignent.
  • Vous déménagez dans une commune au coefficient plus élevé.
  • Vous vous rapprochez de votre lieu de travail : les frais de transport et de repas fondent.
  • Votre conjoint cesse ou commence une activité : le barème applicable change.
  • Une épargne s’accumule, un héritage arrive : l’impôt sur la fortune apparaît.
  • Vos revenus baissent : le taux marginal baisse avec eux, et chaque déduction rapporte moins.

La bonne question n’est donc pas « est-ce que je gagne cette année ? », mais « est-ce que je gagne en moyenne sur les années qui me restent sous permis B ? ». Si vous attendez un permis C dans deux ans, l’horizon est court et le risque limité. S’il vous reste huit ans, la prudence change de camp.

Le cas des couples

Si vous êtes mariés et faites ménage commun, la taxation est commune : les deux revenus s’additionnent sur une seule déclaration, et la fortune des deux conjoints aussi. La demande engage donc le couple, pas seulement celui qui la signe.

Une séparation ou un divorce ultérieur ne rend pas le choix : chaque ex-conjoint reste soumis à la taxation ordinaire ultérieure jusqu’à la fin de son assujettissement à l’impôt à la source. Une discussion à avoir à deux, avant de déposer.

Comment décider sans se tromper

  1. 01

    Calculez l’année écoulée

    Avec votre certificat de salaire, votre commune et vos frais réels. Si l’écart est négatif ou proche de zéro, la question est réglée : ne déposez pas.

  2. 02

    Refaites le calcul sur une année ordinaire

    Sans le bonus, sans la formation exceptionnelle, sans la crèche si elle se termine. C’est ce résultat-là qui vaut pour les années à venir.

  3. 03

    Ajoutez ce que la source ne voit pas

    Fortune imposable dans votre canton, biens et revenus à l’étranger, valeur locative. Ces éléments n’apparaissent nulle part sur votre fiche de salaire et pèsent chaque année.

  4. 04

    Estimez la durée

    Combien d’années avant un permis C, un mariage avec une personne suisse ou titulaire d’un permis C, ou un départ ? Multipliez l’écart annuel par ce nombre : c’est le vrai enjeu.

  5. 05

    Ne déposez que si la marge est nette

    Un gain de quelques dizaines de francs ne justifie pas un engagement pluriannuel et une déclaration annuelle. Voir le guide complet de la TOU pour la procédure elle-même.

Questions fréquentes

La décision de taxation me défavorise. Puis-je encore réagir ?

Vous pouvez former une réclamation contre la décision si elle contient une erreur, dans le délai indiqué sur le document. Mais la réclamation porte sur le calcul, pas sur le régime : elle ne rétablit pas l’imposition à la source, et n’annule pas la demande.

Combien de temps la TOU s’applique-t-elle si je suis domicilié en Suisse ?

Jusqu’à la fin de votre assujettissement à l’impôt à la source, c’est-à-dire jusqu’à l’obtention d’un permis C, un mariage avec une personne suisse ou titulaire d’un permis C, ou votre départ. Cela peut représenter plusieurs années.

Si mon revenu dépasse le seuil des CHF 120'000, ai-je encore un choix ?

Non : la taxation ordinaire ultérieure devient obligatoire, sans démarche de votre part, et le reste ensuite même si votre revenu redescend. Les considérations de cette page ne s’appliquent alors plus — il reste seulement à préparer vos déductions avec soin.

Puis-je demander la TOU une année et m’arrêter l’année suivante ?

Pas si vous êtes domicilié en Suisse : le régime est maintenu d’office. Seul un quasi-résident domicilié à l’étranger décide année par année, puisqu’il doit renouveler sa demande à chaque fois.

La TOU m’oblige-t-elle à déclarer mes comptes à l’étranger ?

Oui. La déclaration ordinaire porte sur l’ensemble des revenus et de la fortune, y compris hors de Suisse. Les comptes étrangers sont par ailleurs communiqués automatiquement entre administrations : l’omission se voit.

Et si je change de canton après avoir déposé ?

Le régime vous suit. La compétence revient en principe au canton où vous êtes domicilié à la fin de la période fiscale, et les impôts déjà retenus par l’autre canton lui sont transférés. La procédure entre cantons est réglée par la circulaire n° 35 de la Conférence suisse des impôts.

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